Les trois philosophies de base de la culture orientale

Les arts martiaux sont le trésor de la société orientale traditionnelle. Pour les comprendre, il faut se familiariser avec les fondements de cette société.

Entre le Ve et le IIIe siècle av. J.-C., le monde vivait l'une des  périodes des plus tourmentées de son histoire. En Chine, il s'agissait de l'époque des Royaumes Combattants, où des guerres perpétuelles impliquant les cinq royaumes semèrent le chaos partout en Asie. Paradoxalement, ces temps chaotiques furent aussi l'âge d'or de la philosophie chinoise, où se développèrent les trois philosophies de base de la culture orientale. Les philosophes de cette époque cherchaient à comprendre l'origine de la violence, ainsi que les moyens pour rétablir l'ordre, la paix et l'harmonie parmi les hommes.

Bouddhisme

Le Bouddhisme fut fondé par Siddharta Gautama, le Bouddha, qui vécut au Ve siècle av. J.-C. Ce dernier était un jeune prince de la tribu indienne Sakyamuni qui à l'âge de 29 ans quitta le confort de son palais pour une quête spirituelle, et trouva l'éveil 6 ans plus tard, en méditant sous un figuier. Il consacra le reste de ses jours à l'enseignement, jusqu'à sa mort, à l'âge de 80 ans.

Le Bouddha enseigna entre autres à ses disciples le concept des quatre nobles vérités, le concept du Karma, par lequel les hommes sont assujettis à la réincarnation, ainsi que le concept du non-soi, ou l'illusion de soi.

Il proposa donc une méthode et des pratiques pour accéder à la vraie nature fondamentalement bonne de l'être humain, comprendre et suivre son Karma, ainsi qu'atteindre l'illumination, ou nirvana, pour mettre fin au cycle des réincarnations.

En Chine, c'est presque mille ans plus tard que l'engouement pour la philosophie bouddhiste commençait, et c'est à cette époque que plusieurs temples consacrés aux pratiques et rituels bouddhistes furent construits. Un de ces temples allait plus tard devenir très célèbre, il portait le nom de temple de la jeune forêt, ou Shaolin.

Les enseignements bouddhistes furent donc transmis de génération en génération, et plusieurs institutions ayant pour but la protection et la transmission de ces connaissances apparurent et disparurent au fil du temps.

Le Bouddhisme se répandit partout en Asie et façonna profondément la culture philosophique orientale. Encore de nos jours, cette philosophie occupe une place centrale dans les arts martiaux issus du système Shaolin, entre autres grâce à ses notions de maîtrise de soi et de Karma.

Taoïsme

La philosophie taoïste évolua à partir des premiers écrits traitant du Yi King (livre des transformations) et de la science énergétique, remontant à environ 5000 ans av. J.-C.

Cependant, ce n'est qu'aux alentours du Ve siècle av. J.-C. que Lao Tseu condensa l'essentiel des croyances taoïstes philosophiques et mystiques dans son ouvrage: le Tao Te King (Livre de la Voie et de la Vertu). Il fut considéré comme le fondateur du Taoïsme grâce à ce livre.

Le taoïsme fut la première véritable science orientale portant sur l'étude de l'Univers et des lois qui le régissent. Entre autres, le symbole du Tao (Yin et Yang), expliqua la dualité des forces qui gouvernent l'Univers.

Cette science définît aussi le concept des 5 éléments, associés à 5 organes chez l'être humain. Le taoïsme proposa ainsi que l'homme (microcosme) était fait à l'image de l'Univers (macrocosme) et qu'il était composé de la même énergie, donc assujetti aux mêmes lois de fonctionnement. C'est grâce à cette réalisation que les taoïstes développèrent un corps de connaissances ainsi que des pratiques spécifiques à la santé et à la longévité.

Le taoïsme fut la source de beaucoup d'enseignements dans les arts martiaux ainsi que la médecine orientale, et est aujourd'hui indissociable de la culture asiatique.

Confucianisme

Confucius (551 à 479 av. J.-C.) élabora cette philosophie traitant principalement des problèmes de la vie en société et des règles d'harmonie sociale. Il établît les principes moraux d'une société hiérarchisée qui devaient être à la base du bon ordre social.

De son vivant, Confucius n'arriva pas à faire adopter sa doctrine aux puissants rois et aux seigneurs de la guerre, mais ses enseignements furent immortalisés dans son unique ouvrage : Les Entretiens. Ses disciples perpétuèrent ses enseignements jusqu'à ce que l'empereur Han Wudi (149 à 87 av. J.-C.) instaure le Confucianisme comme doctrine universelle de l'empire du Milieu. Ce système politique perdura jusqu'au 20ème siècle.

Les enseignements de Confucius définirent clairement cinq rapports relationnels : roi-sujet, époux-épouse, père-fils, frère aîné - frère cadet et ami-ami. Chacun de ces rapports impliquait des règles de conduite morale spécifiques, et chaque rôle social était associé à un ensemble de devoirs et obligations à remplir, ainsi que qualités à cultiver.

Le confucianisme influença donc grandement de la culture orientale, et guide encore les arts martiaux traditionnels grâce à ses principes de hiérarchie, de relation maître-disciple, ainsi que de comportement idéal de l'homme noble.

Les trois philosophies dans l'École de Kung Fu

De nos jours, la philosophie occupe encore une place centrale dans l'enseignement des écoles de Kung Fu traditionnelles. Plusieurs règles, règlements, us et coutumes ainsi que pratiques de l'École sont fondés sur les principes provenant des trois philosophies de base de la culture orientale.

Par exemple, le bouddhisme guide les pratiquants sur le chemin de l'amélioration de soi, entre autres grâce à la compréhension de l'ego et la maîtrise des émotions. Le taoïsme permet aux pratiquants de mieux comprendre le fonctionnement du corps et de l'esprit, pour développer une plus grande efficacité dans la pratique du kung fu et dans la médecine orientale. Et le confucianisme est la source de la structure organisationnelle de l'École, assurant le bon fonctionnement et la transmission efficace des connaissances.

Les trois philosophies forment donc un tout, constituent une base solide pour l'École de Kung Fu, et guident les pratiquants dans leur cheminement.