Et une bonne pratique !

Récit

Elle n’est possible qu’à une condition: être supervisée par un maître dont la compétence est confirmée par un diplôme issu d’une lignée reconnue. Selon la tradition du Kung Fu, la formation des maîtres se termine toujours par une Cérémonie de Descente de Montagne à la fin de laquelle le jeune maître reçoit une épée de commandement ainsi qu’un diplôme lui confèrent le pouvoir et la mission d’enseigner et de propager son art. Cependant, parmi ceux qui prétendent être des maîtres et se sont arrogés le droit d’enseigner, rares sont ceux qui ont vraiment eu la chance et surtout la ténacité de finir leur formation en bonne et due forme. En effet, le cheminement du Kung Fu exige, dès le début, un courage, une persévérance et une loyauté remarquables que la plupart des pratiquants ne peuvent maintenir à long terme. Certains sont abattus par leur propre faiblesse, d’autres ont abandonné pour des raisons souvent douteuses. Une grande majorité tombe durant leur formation devant les tentations du pouvoir, de l’argent et du vice. Ils rejettent leur enseignement traditionnel, renient leur maître et trahissent la Voie. L’émergence de leurs écoles enfreint le code d’honneur, pose de graves problèmes moraux à la société et fait froncer les sourcils des Maîtres qui voient surgir des champignons et des herbes folles dans son beau jardin après la dernière pluie. Comme leur incompétence professionnelle provient d’un manque flagrant de connaissance de la philosophie et des techniques, ils prodigueront un enseignement boiteux, fantaisiste et trompeur ternissant ainsi la belle science des arts martiaux.

Bien des écoles de Kung Fu prétendant traditionnelles affichent pourtant le Yin-Yang à l’envers, d'autres toutes fières de leurs ''maîtres’‘ qui arborent des titres farfelus touchant à la limite de la folie. Tandis que certaines cachent leurs ceintures sous la veste de leurs uniformes par pure fantaisie, dévoilant ainsi leur incompréhension du port de ceinture réservé aux maîtres légitimes de la lignée ! En effet dans le monde des arts martiaux la ceinture représente un niveau de compétence, un mérite, une fonction dans la hiérarchie de l’École.

Cette distinction est semblable à celle de l’armée qui ne permet à ses soldats ou à ses officiers de porter leurs galons et les médailles cachés à l’intérieur de leurs uniformes.

L’apparition récente des Super-Masters et des Great-Grand Masters aux États Unis a sonné l’alerte au ridicule et a semé la pagaille dans le monde des arts-martiaux. Est-il acceptable qu’un médecin occidental prescrive des ordonnances sans saisir les propriétés des médicaments ? Accorde-t-on le titre de professeur à un élève qui vient de terminer ses études élémentaires? Imaginez-vous un infirmier qui fait des opérations cérébrales ?

Notre science possède et requiert les mêmes exigences que toutes les autres. Afin de soutenir cet argument, je propose à tous les pratiquants des succursales de Wing Chun de poser à leur instructeur la question élémentaire et fondamentale : En quoi consiste une bonne pratique ? Comment peut-on déterminer qu’une pratique est valable et pertinente ? Autrement dit, comment le pratiquant peut-il bénéficier d’un rendement énergétique optimal, tout en s’imprégnant des dimensions sociale, philosophique, et scientifique qui font la richesse de notre Art ?

Sur ce, je vous laisse le choix de votre chemin tout en affirmant que ce texte a été écrit par une conscience et une responsabilité professionnelle qui me hantaient depuis le printemps dernier où les jeunes feuilles jaunissaient et tombaient sous le poids de leur mauvais Karma.

 

Grand Maître Nam Anh, 2014

Partagez cette histoire