L’Art Martial : Le mythe passe à la réalité

Récit

Le combat encouru récemment en Chine, entre le pratiquant de MMA, Xu Xiaodong, et le maître de Tai Chi, Wei Lei, eut un résultat hautement décevant et porte ombrage à l'héritage des arts martiaux traditionnels. Il pose une réflexion sur la crédibilité et le jugement du maître Wei Lei. Comment un maître expérimenté et professionnel peut-il accepter un combat et perdre sans aucune réplique, sans l'aspect d'une résistance? Aveuglé lui-même par ses propres capacités, il devient évident que sa préparation était déficiente! Il en revient à nous poser la question sur la valeur de sa formation.

Premièrement, il est important de souligner que dans toute société, la valeur de toute formation s'appuie sur la reconnaissance de ses pairs. Ce que nous recevons à la fin de notre formation, par les professeurs ou les institutions, est le reflet de cette approbation. Soit un diplôme, un titre ou un objet ostentatoire, qui seront reconnus par la communauté, qui appuieront la valeur, ainsi que la confiance que la personne a reçu les connaissances et les compétences requises pour exercer ces fonctions. Il est normal de vouloir des professionnels qualifiés pour réparer sa maison, d'être assuré que le chirurgien devant nous ait complété ses études. Dans cette optique, la société a même établi un système d'ordre professionnel pour protéger le public et la profession par l’utilisation du code de déontologie et d'éthique. Personne ne met en doute ce système.

Le monde des arts martiaux ne devrait pas s'exclure de ce modèle. Pourtant, à l'intérieur de toute école, il y a présence d’un système hiérarchique qui distingue le niveau des élèves, mais qu’en est-il du système qui régit la valeur de l'ensemble des écoles d'arts martiaux? Il n'y en a aucun ou plutôt, il n'y en a plus.

Aujourd'hui, nous observons l'émergence de nouveaux maîtres dont les origines sont douteuses. En ce moment même, un maître vietnamien nommé Huynh Tuan Kiet se proclame, par des démonstrations farfelues sur youtube, être un magicien au pouvoir surnaturel et électrifiant. Ce phénomène d'usurpateur de titre devient une épidémie. L'époque actuelle est à l'autoproclamation, ce qu'une tradition sérieuse ne peut accepter, sous peine d'entacher sa réputation. Le narcissisme et l'intérêt pécuniaire sont les sources de cette tendance. Il est facile de se faire admettre comme un maître devant des élèves néophytes, l'approbation est automatique et la contestation est nulle. Si des enfants acclament leur nouveau chef, il n'en est pas moins qu’un chef de bambins.

La démarche de Pierre François Flores qui a pour but de rencontrer le "soi-disant maître" Huynh Tuan Kiet est dans la ligne directrice du devoir de protection, en mettant en lumière les charlatans.

Ce que la société d'aujourd'hui peut s’attendre à recevoir comme enseignement dans une école d'arts martiaux est basée sur trois critères, soit le développement d'une condition physique acceptable, la capacité de se défendre contre une agression et l'application d'une philosophie de vie.

Dans le premier cas, le développement d'une condition physique acceptable. Il y a en fait une multitude de disciplines qui peuvent remplir cette fonction. Par contre, le niveau d'une école traditionnelle devrait se distinguer par la difficulté de ses exercices et susciter chez l'élève un apprentissage de la persévérance et de la détermination, pour affronter les épreuves futures.

Dans le second cas, l'apprentissage de l'autodéfense est souvent mal compris. La majorité des écoles d'arts martiaux se défendent d'être efficaces, mais rarement elles prouvent leurs affirmations. Elles pensent que la pratique de techniques préconçues suffit. Bien qu'elles offrent un éventail de possibilités, la réussite de cette pratique demande toujours la collaboration d’un partenaire. Une illusion d'efficacité grandit dans le cœur de l'élève et qui rapidement s'éclipsera devant un agresseur déterminé. Les écoles traditionnelles ont traversé le temps et relevé de multiples défis, elles connaissent bien les méthodes afin de développer des techniques qui s'avéreront efficaces en combat.

Dans le troisième cas, la philosophie enseignée par une école d'art martiaux. Il est facile d'afficher une devise ou proclamer des valeurs, telles que le respect, l’honneur et l’intégrité. Afin d'en évaluer la teneur, il est primordial d'observer les actes directeurs de cette philosophie. Sinon, ils ne font que se cacher derrière des mots sans substance. La voie du Kung Fu nous interpelle vers un chemin empreint d'humanisme qui se doit d'être pragmatique. Ainsi, toutes œuvres humanitaires entreprises par une école d’arts martiaux font démonstration de l’application d’une belle philosophie.

En conclusion, ceux qui sont animés du désir d’entreprendre un apprentissage traditionnel ou moderne, devraient prendre en considération ces critères. Puisque le temps est précieux et que rare sont ceux qui veulent le perdre, choisissez donc votre école judicieusement!

Nam Băng
(Gilles Arseneau)
Ceinture rouge 4e dan

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