Le Pak Mei vs le Wing Chun, la thèse et l’antithèse

Récit

Le Grand Maître Nam Anh maîtrise, entre-autre, 2 styles distincts d’arts martiaux soit le Pak Mei et le Wing Chun. Dès lors, il apparaît important, à titre de disciple, de bien cerner ces 2 approches afin d’en assurer la promotion et la diffusion.

La destruction du Temple de Shaolin

Suite aux enseignements bouddhistes Chan de Bodhidharma (VIème siècle après J.-C.), le temple de Shaolin acquis une grande renommée grâce à la qualité du Kung Fu de ses moines. L’histoire de ce temple est des plus tumultueuse: il fut détruit et reconstruit à plusieurs reprises au gré des alliances ou conflits avec les pouvoirs impériaux. La dynastie Ching, d’origine mandchoue, prit le pouvoir en 1644 chassant ainsi la dynastie des Han, identifiée sous le nom Ming, et constituée de la majorité chinoise. Au début de leur règne, les Ching, sous le règne de Kan Shi (1661-1722), le temple de Shaolin demeurait un centre d’arts martiaux puissant dont la renommée attirait plusieurs étudiants. La nouvelle dynastie dut faire face à un mouvement de rébellion supporté en secret par les religions, le monastère de Shaolin ainsi que par différentes écoles de Kung Fu car les Ching étaient alors perçu comme des envahisseurs. Évincés du pouvoir et fugitifs plusieurs dignitaires Ming se réfugièrent au temple de Shaolin afin de perfectionner leur formation martiale et continuer la rébellion afin de chasser les envahisseurs mandchous. Les généraux, spécialisés dans l’art de la guerre, dirigeaient des armées et considéraient comme une menace les étudiants en arts martiaux. À plusieurs reprises, ils ont tenté de s’approprier le savoir des moines. C’est lors d’une sanglante répression ordonnée par l’empereur Chiang Lung (1736-1796) que le temple de Shaolin fut mis à feu et à sang. On assista alors à la dissolution des écoles de Kung Fu. Seulement 5 moines survécurent et prirent la fuite. Ils sont connus sous le titre des « Cinq Invincibles » et entrèrent dans la clandestinité. Il s’agit de: Jee Shin, Fung Tao Tak, Mieu Hien, Pak Mei et Ng Mui.

 

Le Wing Chun: contre-pied au Pak Mei (La thèse et l’antithèse)

La destruction du temple de Shaolin fut l’origine d’une grande mutation dans le monde du Kung Fu en obligeant les survivants à l’innovation. Afin de poursuivre la résistance, il fallait former, en secret, de nouveaux combattants en moins de temps tout en améliorant leur efficacité puisque les moines de Shaolin avaient été vaincus par les troupes impériales. C’est dans ce contexte que le Pak Mei et le Wing Chun trouvent leur origine. Parmi les 5 invincibles, il en est un qui changea d’allégeance politique et s’allia aux Ching soit Pak Mei qui avait mis au point un nouveau style de Kung Fu basé sur le court trajet. Il s’agissait là d’une approche révolutionnaire par rapport à la tradition Shaolin dont le Kung Fu était basé sur le long trajet. Il lança un défi à Jee Shan qui périt lors de ce combat. La supériorité de Pak Mei fut ainsi démontrée. Cet affrontement porta un dur coup à la renommée de Shaolin et des Ming et renforça l’autorité des Ching ainsi que le prestige de l’école Pak Mei qui connut alors un grand développement. Il était impérieux de concevoir une riposte car l’attrait grandissant du Pak Mei consolidait le pouvoir des Ching sur la population au détriment des écoles liées à Shaolin et aux Ming.

Or, parmi les spectatrices qui assistèrent au combat, se trouvait une autre des 5 invincibles soit la bonzesse Ng Mui demeurée fidèle au clan des Ming. Afin de contrer Pak Mei désormais au service du pouvoir en place, elle a dû inventer une forme de combat spécifique susceptible de vaincre les techniques utilisées par ce nouvel ennemi. Fondatrice de l’École « Pei Heu » Ng Mui possédait les compétences suffisantes pour concevoir une riposte efficace.

C’est dans ce contexte que fut conçu le Wing Chun. Tout comme le Pak Mei, il utilise le court trajet, la ligne médiane, la force interne et le mannequin de bois. Notons au passage que l’utilisation du mannequin de bois remonte au temple de Shaolin où existait une chambre noire dans laquelle se trouvaient de nombreux mannequins de bois munis de divers mécanismes destinés à l’entrainement intensif. Lors du dernier test avant la sortie définitive du temple (descente de la montagne), le disciple devait vaincre une série de mannequins de bois disposés dans un obscur corridor menant à la sortie. S’il réussissait à le franchir en restant indemne ce test final consacrait la fin de sa formation.

Ainsi, le mannequin de bois du Wing Chun reproduit la position de base des combattants Pak Mei, dans le but de permettre aux adeptes du Wing Chun de résister aux attaques de leurs adversaires. D’autres styles utilisent aussi le mannequin de bois: Choy lay fut, Mante religieuse, Pak Mei. Chaque école le concevait selon ses propres techniques qui varient d’un style à l’autre.

Au cours de sa fuite, se réfugiant de monastères en monastères, la bonzesse Ng Mui forma 3 disciples: Fong Wing Chun, Mai Wing Chun et Yim Wing Chun, fondatrice de notre École. Cependant, ces disciples étaient extérieurs au temple de Shaolin. Chacune d’entre elles épousèrent d’anciens disciples désormais orphelins suite au décès de leur Maître de Kung Fu. C’est en vertu de ces arrangements que Yim Wing Chun épousa Leung Bok Chau. La planification de ces mariages consolidait l’organisation de la résistance chez les opposants au régime des Ching. Par respect pour son épouse Leung Bok Chau nomma le nouveau style Wing Chun.

 

Une connaissance en profondeur

Le long cheminement dans les Arts martiaux du Grand Maître Nam Anh est parsemé de plusieurs étapes clefs. Ayant complété sa formation en Wing Chung auprès de Maître Hoi Hai Long et du Grand Maître Nguyen Minh, le Grand Maître Nam Anh s’intéressa au Pak Mei. Animé d’une soif insatiable de connaissance, il désirait retourner aux sources et comprendre le système de combat qui avait jadis terrassé l’approche de Shaolin et donné naissance au Wing Chun. Fait des plus rarissime, un Grand Maître devint le disciple d’un autre Grand Maître et c’est ainsi que sous la tutelle de Loo Ping Woon, il devint un Grand Maître de Pak Mei! Au Viet Nam, cet épisode marqua l’unification de 2 Écoles naguère antagonistes et ce, au bénéfice de la communauté des Arts Martiaux.

Muni de ces nouveaux bagages le Grand Maître avait franchi un pas de plus dans la quête de techniques de combat ultime, pavant ainsi la voie qui le mènerait à un autre échelon auprès d’un de ses anciens mentors, soit le Maître de Tai Chi Kwan Say Ming qui lui poserait alors l’énigme de l’existence et de l’inexistence!

Nam Ngu (Pierre François Flores)
Ceinture rouge, 4ème Dan

Collaboration: Malcolm St-Pierre, ceinture rouge

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