la pratique des armes traditionnelles

Récit

L’histoire des armes et leur importance dans la pratique moderne

C’est avec la venue de Bodhidharma que le Kung-Fu a fait son apparition dans la vie monastique en Chine. De ses enseignements, les moines ont créé une série d'art martial d’où beaucoup d’écoles actuelles peuvent retracer leurs lignages. La formation martiale incluait, entre autres, les formes à mains nues et le maniement des armes. La première de celles-ci à avoir été utilisé était le bâton, et ce, même avant la pratique des arts martiaux, principalement par les moines errants. Cet objet s’alignait parfaitement avec la pensée bouddhiste qui empêche de causer la mort d’un être vivant et pendant longtemps était la seule à être pratiqué par les moines.
L’un des premiers écrits concernant la participation du temple à une bataille était au 7e siècle durant une expédition menée par Li Shi Min (plus tard Tang Taizhong) qui avait la mission de sécuriser une région proche du temple. Pris au piège par des bandits, le prince fut secouru par treize moines armés de bâtons.

Au 14e siècle, dans la dynastie Yuan fait l‘apparition du terme « 18 armes de Shaolin » dans une chanson. Pour la première fois, nous avons la preuve d’un changement dans l’arsenal du temple. C’est donc près de 800 ans après la fondation et 600 ans après les premiers récits militaires des moines que le répertoire d’armes se serait étendu pour inclure des lames.
C’est durant la dynastie Ming que l’on trouve plusieurs textes relatant la présence de moines lors de batailles. À cette époque, les moines étaient une importante partie de tous levés de troupes. C’est aussi à ce moment qu’ils auraient mis plus d’accent sur leurs pratiques à mains nues pour faciliter les pratiques avec d’autres corps d’armes.

Les écoles découlant du temple ont conservé, en général, 18 armes dont une dizaine revient dans plusieurs styles étant donné leurs importances culturelle ou historique. Par exemple, le sabre à manche long (Kwan Dao), la lance (Jie), l’épée (Jian), le sabre (Dao) et le bâton (Bang). Ensuite, il y a des armes régionales ou iconiques au style, par exemple les épées papillons pour le Wing Chun et les couteaux cornes de cerfs pour le Hong Gar.
Anciennement, le port de l’arme était une preuve de statut. Celui qui portait une épée exposait au monde qu’il était un guerrier prêt à se défendre. Ce qui était indispensable à une époque où il n’y avait pas de police. Les dangers étaient nombreux. Avec la modernisation, les forces de l’ordre, l’apparition des armes à feu et la stabilité politique, les moyens de défense martiale pour la défense personnelle ont largement été rendues obsolètes. Nous ne marchons plus avec des épées à notre ceinture. Les guerres ne sont plus menées avec l’arc et la lance. Alors, pourquoi poursuivre leurs enseignements? Pourquoi voudrait-on pratiquer le maniement des armes de nos jours?

Premièrement, elles permettent un exercice musculaire, l’utilisation de la force avec un objet, de projeter cette énergie hors du corps et développer la souplesse et l’adresse physique pour l’aspect artistique de l’art martial. C’est pour ces raisons que nous retrouvons des armes de différents poids.

Deuxièmement, la pratique demande une grande concentration et coordination œil et main pour éviter les blessures, pour soi-même, pour les autres et pour ne pas détruire le site de pratique. Il est intimidant pour beaucoup d’avoir dans leurs mains un objet pouvant causer du dommage à autrui et c’est par cet apprentissage que le pratiquant pourra progresser sur la Voie. Au temple il y avait un terme : ‘’ Qiang Za Yi Tiao Xian, Gun Da Yi Da Pian’’ qui se résume à ; la pratique du bâton permet de mieux percevoir l’espace.

Troisièmement, pour toute école se disant traditionnelle la conservation du style sans variation est indispensable. Comme mentionnée ci-haut, la pratique des armes a une importance historique, il est donc du devoir de ces écoles de maintenir les formes dans l’intégralité afin que les générations suivantes puissent en profiter.
Il est donc essentiel de maintenir l’enseignement des armes surtout dans ces temps modernes où le passé disparaît doucement. Tout comme le confucianisme nous l’enseigne, pour connaître son chemin il faut savoir où l’on va, mais surtout d’où l’on vient.

Louis-Philippe Brousseau, ceinture rouge

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